L'harmonie parfaite

Chat sur un piano

Miaulements : le miaou félin dans tous ses états…

Bien entendu, quand on parle de chat et musique on pense assez naturellement au miaulement. Pour qui connaît bien son compagnon à moustaches, il existe une quantité incroyable de miaulements exprimant toute une gamme d’émotions, qu’elles soient positives ou négatives : douleur, satisfaction, peur, faim… En chant, la tentation était bien grande d’utiliser ce mi-a-ou de bien des façons puisqu’il s’intègre à merveille dans toute sortes de vocalises.

Deux exemples pour illustrer ceci.

Duo des chats

Commençons avec cet exemple amusant : «Duo bouffe de 2 chats», faussement attribué à Rossini, en fait de G. Berthold (pour soprano, mezzo-soprano et piano). Comme le nom l’indique, il s’agit ici d’une bouffonnerie et l’utilisation du miaulement est purement comique. Trois parties dans ce duo pour exploiter plusieurs facettes du « miaou » :

Tout d’abord, des miaous plaintifs entre les chanteuses. Est-ce là des miaous de dépit entre chats en «léger froid » ou des miaous de supplications entre un Monsieur chat amoureux et une Demoiselle chatte bien languissante ? L’appréciation sera laissée à chacun ! Puis, après quelques « crachements » tout félins, le rythme s’accélère. Le miaou se fait plus léger et frétillant. Tout cela débouche alors sur la dernière partie : un festival de vocalises miauliques ! Nos 2 chats sont cette fois sans conteste tout à fait ravis. Une véritable jubilation pour une chanteuse. Et ce duo se termine ainsi dans un débordement de joyeux miaulements !

2 extraits musicaux du duo des chats : (enregistrement réalisé en public) :

Soprano : Marie-Lise Canivez
Mezzo-soprano : Sandrine Vigne

Piano : Didier Hennuyer

duo-chats1er extrait
2ème extrait

 

 

« L’enfant et les sortilèges » : l’apogée du miaou musical selon Ravel et Colette

Chartreux et clavier

Dans l’opéra «l’enfant et les sortilèges » de Ravel, le fameux miaulement n’est plus du tout traité avec l’esprit bouffon et blagueur du duo précédent.

Déjà, rappelons que le livret est de Colette. Tous les amoureux des chats connaissent bien sûr son attachement pour cet animal et en particulier pour les chartreux ! Mais, résumons brièvement le sujet de cet opéra, qui est en fait une fantaisie lyrique :

L’action se déroule dans la chambre d’un enfant d’une vieille maison normande. L’enfant paresse devant ses devoirs. C’est alors que la maman arrive et le gronde. Resté seul, l’enfant perd patience et pique une crise de colère pendant laquelle il se met à détruire les objets de la pièce (tasses, théière, horloge…), malmenant le chat, déchirant livres et cahiers. Débutent alors les sortilèges : objets et meubles s’animent subitement dans le but de se venger et de se moquer de l’enfant.

Au moment où l’enfant, prenant conscience de ses actes, s’effondre, un chat surgit du dessous du fauteuil, baille et se lèche. Puis il se dirige vers la fenêtre à la rencontre d’une chatte blanche. Il s’ensuit alors le célèbre duo d’amour des chats, un parfait et magnifique exemple de musique imitative. Pas une parole n’est prononcée : seuls des « Mi-in-hou » et autres « Mornaou, nâou, Moâau…», syllabes choisies par Colette pour représenter le langage chat. Mais attention, pas question pour les chanteurs de prendre de la liberté quant à la musique, car Ravel a placé sous chaque syllabe des notes exactes, précisant sur la partition « avec émission nasale » pour renforcer le réalisme de l’effet. Et au final, l’imitation voulue à la fois par Ravel et Colette du miaulement est étonnante de vérité et montre en passant que le « miaou » est bien plus complexe qu’il n’y paraissait au départ et qu’il aura fallu les talents conjugués de ces deux grandes personnalités pour parvenir à ce surprenant résultat !

Si vous en avez l’occasion, n’hésitez pas à vous plonger dans cette œuvre fantasque et originale. Cet opéra est d’autre part relativement peu joué pour des questions de difficultés de mise en scène.

Voici un extrait du duo décrit ci-dessus :

 

Chats et instruments de musiqueChartreux assis sur un piano

Curieusement, ce n’est que très tardivement (début 20ème ) semble-t-il, qu’on a eu l’idée d’utiliser un instrument de musique précis pour représenter et caractériser un animal.

En ce qui concerne le chat, il apparaîtrait que ce soit le timbre de la clarinette qui ait remporté l’adhésion des compositeurs.

L’exemple le plus connu dans ce domaine est sans doute « Pierre et le loup» de Prokofiev.

En effet, ce court extrait vous semblera sûrement familier :

 

Cette œuvre a connu dès sa création un immense succès dans le monde entier. Succès mérité car même si ce conte musical a été composé au départ pour un jeune public, il n’en contient pas moins de nombreuses richesses. Partition raffinée où se côtoient un certain classicisme (thème de Pierre) et langage moderne (parfois même polytonal ). Chacun des thèmes sont parfaitement définis et peuvent se superposer de manière très habile, ne gênant jamais le suivi de l’histoire.

Le principe est simple : chaque protagoniste est représenté par un (ou plusieurs ) instrument(s) :

  •   l’oiseau par la flûte
  •   le canard par le hautbois
  •   le loup par 3 cors d’harmonie
  •   Pierre, par le quatuor à cordes (extrait ci-dessus !)
  •   Et bien sûr, le chat par la clarinette, dans son registre grave :

Mais il n’est pas très glorieux notre chat dans cette histoire ! Il apparaît « rampant dans les hautes herbes », tout sournois. Son seul but : croquer un bien mignon petit oiseau perché en haut de l’arbre. Mais voilà que survient le loup et la clarinette s’emballe. C’est que le chat, perdant un peu de sa superbe, s’est réfugié en haut de l’arbre, … à quelques branches de l’oiseau tout de même ! Il n’en bougera plus, devenant simple spectateur.

Mais, écoutez plutôt sa fuite et ce qu’est devenu le thème de la clarinette !

Eh ! ce n’est pas lui le méchant de l’histoire mais bien le loup. Ironiquement, c’est l’oiseau qui aidera Pierre à capturer le loup en détournant son attention. Notre chat est bien trop malin pour prendre des risques ! Il ne nous a bien sûr pas échappé que toute l’œuvre porte la marque la marque de l’humour caractéristique de Prokofiev. D’ailleurs, traditionnellement, la « musique de chat » revêt souvent un caractère comique.

Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. En voici un autre exemple, moins connu, avec les « Berceuses du chat » de Stravinsky. Il s’agit d’une suite de 4 petite mélodies pour mezzo-soprano (la mère) et 3 clarinettes (l’enfant, la chatte et les chatons). Encore une fois, ce sera donc cet instrument qui représentera le chat. Mais oublié le comique de notre félidé un peu poltron de «Pierre et le loup ». Ici, il prend un caractère d’une douillette intimité. Et nous retrouvons notre chat de maison, comme nous le connaissons bien, parfois tendre, parfois malicieux, omniprésent mais jamais envahissant…

Chats se baladant sur un clavier…

Deux chartreux et un clavier...

« Kitten on the keys »

Dans tout ce qui précède, nous avons donc vu que les compositeurs s’étaient amuser à exploiter le miaulement, ou bien avait associé la chat au timbre de la clarinette. Peut-être penserez-vous que la représentation musicale du chat s’arrête là ? Eh bien, pas du tout ! Certains musiciens se sont tout simplement substitués au chat en imaginant ce qui se passerait si on le laissait se promener sur un clavier de piano ou clavecin. Et voilà notre chat investi de dons de composition musicale ! Peu d’animaux peuvent se flatter qu’on puisse leur prêter un tel talent !

Et là, je ne peux m’empêcher d’ouvrir une petite parenthèse : vous souvenez-vous de cette superbe scène des «Aristochats » de Walt Disney ? Celle où Marie (petite chatte blanche) prend sa leçon de solfège, accompagnée d’un Berlioz (le chaton gris,…tiens, peut-être un peu de sang chartreux dans ses veines !!!) inspiré qui nous fait une admirable démonstration des capacités félines à jouer du piano…Fin de la parenthèse…)

Tout de même, cette scène fait peut-être référence au pianiste de jazz Zez Confrey qui a écrit en 1919 «Kitten on the Keys» où un chat malicieux semble s’amuser comme un fou sur le clavier !

Pour écouter un extrait de « Kitten on the keys » :

Fugue du chat

Plusieurs siècles auparavant, Domenico Scarlatti (1685, 1757) semble avoir eu la même idée en écrivant sa célèbre «fugue du chat ». En fait, ce sobriquet aurait été donné par Clementi (vers 1830) car le thème est suffisamment «curieux »pour qu’on pense que les notes ont été « données » par un chat marchant … aléatoirement sur les touches.

Il faut savoir que cette « Fugue de chat » (K 30) est le dernier et l’apogée des 30 essercizi pour clavecin, de difficultés croissantes. La préface par Scarlatti lui-même insiste sur le caractère de divertissement qu’a voulu l’auteur :

« Ne cherche pas dans ces compositions une érudition profonde, mais plutôt un jeu ingénieux avec l’art …»

Mais écoutez plutôt une interprétation de cette fugue (issue d’un format midi), et en particulier ces 6 premières notes qu’on retrouve ensuite tout au long de la partition; il me semblerait bien que quelques uns de mes chatons m’aient déjà joué quelque chose d’approchant….

 

Photo : Dominique Fouquet

Photo : Dominique Fouquet